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mercredi 4 mai 2011

Dans l'autobus

Je m'assois dans l'autobus hier en revenant du travail. Je m'installe avec un livre et j'allais m'y plonger quand je remarque devant moi un papa assis entre ces deux enfants. Une fillette qui doit avoir environ 5 ans et un garçon, l'aîné, qui doit approcher des 8 ans. La jeune fille est très mignonne, elle est assisse et se fredonne des chansons qu'elle semble inventer au fur et à mesure. Son frère est tout aussi calme, assis à la gauche de son père, il tente de regarder de temps à autre par dessus son épaule. L'homme, lui, est de taille moyenne, porte des chaussures de ville noire, un blouson de cuir noir à la mode et a la tête baissée, fixée sur son petit écran qu'il tapote sans arrêt. On dirait un téléphone cellulaire dernière génération, qu'il a fait basculer à l'horizontal. Je remarque aussi ces petits écouteurs, bien fixés dans chacune de ses oreilles, qui ne semblent pas reliés à l'appareil qu'il tient en main, mais plutôt à un ipod qu'il doit avoir en poche. Pendant les 20 minutes que nous avons "passé ensemble", dans ce même autobus, il n'a pas levé les yeux une seule fois de son gadget, il n'a pas prononcé un mot, il n'a pas sourit à ces enfants ou leur a accordé la moindre attention. Il est resté tête baissée à toucher à son écran. Pour ma part, j'ai été incapable de me remettre à lire. J'observais plus ou moins discrètement les réactions des enfants, j'essayais de devenir leurs pensées, je les épiais, oui.
Et je me suis surpris à avoir cette réflexion, sur la non-interaction entre ce père et ses enfants. Et puis je me suis dit, peut-être que c'est un papa attentionné (sûrement d'ailleurs), qui est allé les chercher à l'école et/ou la garderie, qu'il part tôt du boulot pour passer du temps avec eux et donc qu'il règle ses derniers dossiers sur son téléphone dans l'autobus sur le chemin du retour à la maison afin d'être libéré pour la soirée. Mais malgré moi, bien que je ne voulais pas juger ce père-là en particulier, la situation me portait à réfléchir à notre mode de fonctionnement en société, nos exigences envers le travailleur, notre individualisation accrue, notre peur de l'Autre, l'accent mis aujourd'hui sur la satisfaction de ses besoins personnels.

Cet exemple dans l'autobus, n'était qu'un exemple parmi tant d'autre. Nous ne nous rendons même plus compte que nous nous fermons de plus en plus aux autres, aux contacts humains réels. Nous avons nos profils facebook, écrivons sur notre propre mur, les autres nous lisent, chacun sait un peu ce que tout le monde fait (ceux qui veulent bien l'écrire), mais établissons-nous réellement plus de contacts ? Je dirais probablement moins, pcq on a l'impression d'entretenir certains liens grâce à Facebook, alors que ce n'est pas vraiment le cas.
On a peu de vacances, beaucoup de personnes ont deux semaines, il y a beaucoup de pression et d'attention portée sur la performance au travail, ne sommes-nous pas entrain de passer à côté de quelque chose qui s'appelle la vie ?
J'en étais à peu près là dans ma réflexion quand le papa a finalement levé les yeux et jeté un regard dehors pour savoir visiblement à quel arrêt nous en étions. Il n'en a pas profité pour jeter un petit regard sur ses enfants, ou pour leur sourire.
Puis, deux ou trois minutes plus tard, il retournait l'appareil en sens vertical. Aurait-il terminé ? Son fils est plus rapide que moi et lui dit : " Pourquoi t'arrêtes de jouer " Et son papa lui répond parce que nous décidons dans deux arrêts, je ne voudrais pas manquer notre arrêt. Alors c'était ça... Il jouait à un jeu. Je comprends pourquoi son garçon s'étirait le cou à vouloir regarder ce qui se passait sur l'appareil. N'est-ce pas le monde à l'envers ? Je croyais que c'était les parents qui disaient à leurs enfants: pas trop je jeux vidéos, viens manger, viens nous raconter ta journée...
Nous aussi, nous pouvons être tellement absorbés par nos passe-temps que nous pouvons oublier que nos petits êtres chéris sont là, tout près de nous, prêts à échanger et partager des contacts humains.
Oh la la ! Ça fait un peu peur tout ça.
1- Vais-je être à la hauteur et à l'écoute de mon enfant ? Disponible ?
2- Notre société est-elle entrain de créer des individus de plus en plus indépendants les uns des autres, autosuffisants grâce à leur technologie omniprésente
3- Vais-je être jugée, moi aussi, par des personnes comme moi, qui partiront dans leur tête sur des réflexions philosophiques sur la vie en me regardant agir avec mon enfant ...

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